Une histoire de surentraînement #3 / An overtraining story #3

C’est la dernière partie de mon surentraînement, qui se focalise sur le retour. La première partie sur la chute peut être (re-)lue ici et la deuxième sur le gouffre ici. J’avais commencé à écrire cette troisième partie il y a déjà un moment, mais j’ai vite réalisé que je n’avais pas le recul nécessaire pour le raconter objectivement. Maintenant que j’ai été “sans surentraînement” depuis un moment déjà, la voici.

Printemps-été 2017:

En mai, je me suis cassée le poignet: je m’en fichais complètement, au moins j’avais une meilleure excuse que “j’ai pas envie” pour ne pas aller marcher bêtement pendant 45 min. Mais il y avait finalement une évolution positive. Très lentement et sûrement je peux commencer à m’entraîner à nouveau: au début seulement en vélo ou en marchant (je ne pouvais même plus courir deux minutes, c’était trop dur).

J’imagine que pour quelqu’un qui n’a pas vécu ça, c’est difficile à imaginer. Mais pour mettre les choses en perspective, voici une semaine typique de mon carnet d’entraînement en juin-juillet, avant que je puisse passer sur les skis roues.
Lundi: 20 min football, 40 min gainage
Mardi: matin: 30 min marche / après-midi: tir et 40 min sur la machine à bras
Mercredi: matin: 5 min marche – 5 min course, 40 min au total / après-midi: 40 min de tir et de machine à bras
Jeudi: 30 min de marche, tir, 30 min de gainage
Vendredi: 30 min de marche, 30 min de vélo
Samedi: repos
Dimanche: 1h de marche
Je ne pouvais tout simplement pas faire plus que ces 6,5 heures d’entraînement, plus m’aurait tout simplement renvoyé en surentraînement. Et cette semaine était une semaine “dure”.

Mais progressivement je peux m’entraîner plus. Les minutes que je réussis à courir s’allongent.
Mi-juillet je suis de retour sur les skis roues rapides. Je commence à vraiment apprécier l’entraînement à nouveau, mais m’entraîner deux fois par jour était encore une utopie. Chaque petit pas en avant me semblait une victoire et ça maintenait ma motivation et mon excitation plutôt élevée.
Première fois que je cours 5min? Yes!
Première fois que je réussis à courir 45 minutes? Yes!!
Premier entraînement sous la flotte? Yes!!!
Premier entraînement en skis roues? Yes!!!!

Automne 2017:

Début septembre, premiers intervalles: ça fait mal, c’est hyper bizarre, c’est horriblement dur, mais tellement bien après une année et neuf mois sans.
Mi-septembre, je suis de retour sur mes skis roues lents.
Fin octobre, m’entraîner deux fois par jour devient possible.
Novembre, je suis tout le mois sur les skis et je peux m’entraîner à 100% à nouveau.
Même si de ce côté c’était à nouveau normal, j’étais loin de ma forme d’avant. Mais je savais que ça allait revenir. En tout cas, c’est ce qu’on me dit.

Hiver 2017-2018

Je devais recommencer les compétitions en janvier, mais dans la logique la plus tordue de tous les temps, j’ai passé plus de jours malade qu’en bonne santé pendant ce mois.
Début février, je cours à Oberhof. Mais c’était mauvais. Très très mauvais.
Je savais que je n’aurais pas pu être aussi bien qu’avant, mais je m’attendais à au moins d’avoir des sensations moyennes. En réalité, mes jambes brûlaient tellement, comme si elles ne recevaient pas du tout d’oxygène, c’était même pire que deux ans plus tôt, lorsque je courais en surentraînement.

Ma motivation est restée à Oberhof et il m’a fallu plus d’un mois pour la retrouver, au moins en partie, à Realp. J’ai décidé que ce n’avait aucun sens que je coure cet hiver-là: je ne m’amusais pas du tout et je n’étais même pas sûre que ça soit utile.
Peut-être que seulement deux petits mois d’entraînement à 100% après une coupure de presqu’un an, sont effectivement trop peu.
Avec le recul, maintenant, j’aurais aimé avoir été plus intelligente et avoir utilisé l’hiver pour vraiment bien me préparer pour le futur, au lieu de me précipiter pour pouvoir courir à tout prix. Avant de réaliser ça, j’avais déjà perdu quelques précieuses potentielles semaines d’entraînement à ma perte de motivation.

J’ai écrit il y a quelques temps que la partie la plus dure du surentraînement était de commencer à s’entraîner à nouveau. Je n’en suis plus si sûre. Le retour est assez rude. Il faut accepter de baisser ses attentes et de laisser tomber quelques objectifs.
En juin 2016, j’étais au point de rupture, physiquement et mentalement, m’isolant et me renfermant sur moi-même plus que jamais auparavant, parce que j’avais la sensation que personne me comprenait et je me demandais ce qui n’allait pas avec moi. Je n’étais pas censée me sentir comme ça. Le diagnostic m’avait donné tellement d’espoir, c’était le premier rayon de lumière à la fin du tunnel: je n’étais pas “défectueuse”, j’avais juste besoin de temps.

Dès ce moment, l’été 2016, je m’étais complètement focalisée sur les mondiaux juniors de 2018. Je pensais que tout serait de retour à la normale et j’étais supposée assurer aux mondiaux juniors à Otepää. 1,5 an me semblait raisonnable pour être de retour à mon meilleur niveau ou au moins assez proche. C’était mon objectif et ma deadline. Et plus celui-ci approchait, plus mes chances de m’y qualifier s’amincissaient. Je le savais. Mais j’ai toujours été optimiste et j’espérais un miracle jusqu’au dernier moment.
Puis c’est passé.
C’est probablement aussi la raison pour laquelle les compétitions à Oberhof ont été un coup aussi dur à ma motivation.

Soudain je me suis retrouvée sans rien: pas d’objectif, rien pour quoi j’avais envie de travailler, pas de plan, pas de motivation et avec la sensation que mes années junior avaient été une perte de temps, d’argent, d’énergie et de ressources complètes. Peut-être que ça a été mon erreur, de me focaliser que sur un événement, mais c’est la seule chose qui m’a aidé dans les moments les plus difficiles.
Donc après le fiasco d’Oberhof, j’ai du me reposer les questions que je m’était posées si souvent dans les deux années précédentes: pourquoi est-ce que je fais ça, est-ce que c’est vraiment ce que j’ai envie de faire, est-ce que j’ai vraiment envie de continuer et ainsi de suite.
Je n’ai pas mis beaucoup de temps à trouver les réponses, parce que malgré tout, le biathlon, c’est ce que j’aime, mais ça m’a pris un peu de temps pour considérer si les sacrifices en valaient vraiment la peine.
Les compétitions n’étaient peut-être pas ce que je préférais, mais ne pas avoir pu m’entraîner pendant si longtemps m’a fait apprécier l’entraînement plus que jamais auparavant. Je me réveillais chaque matin heureuse, parce que je savais que nouvelle journée voulait dire nouvel entraînement (et un an après, je ressens toujours la même chose).

Printemps-été-automne 2018:

La fin de la saison a apporté des changements, et ceux-ci m’ont toujours motivé. Tout (excepté mes performances qui devaient encore s’améliorer) était de retour à la normale. Tout a très bien fonctionné, sans obstacles ou problèmes.
A la fin de l’automne, j’ai réalisé, en regardant par hasard dans mes anciens fichiers de ma montre, que je m’était entraînée beaucoup trop vite (plus de 50% de l’entraînement était au-dessus du seuil aérobie) et que j’avais simplement mal transféré les données dans mon carnet d’entraînement (où j’avais environ 10% de l’entraînement au-dessus du seuil aérobie). L’entraînement trop intense avait inévitablement conduit au surentraînement.
Après des années d’examens médicaux et spéculations, j’avais enfin une réponse à pourquoi les choses se sont déroulées de cette manière.

Conclusions

“En considérant comment ça peut ruiner une carrière (voir même une vie), je ne pense pas que les athlètes et les entraîneurs ont assez conscience du problème.”

Autant je l’aimerais, mais je ne peux pas changer ce qu’il s’est passé, la seule chose que je peux faire, c’est apprendre et éviter ces erreurs à l’avenir. On apprend toujours, surtout des erreurs: on ne perd jamais, soit on gagne, soit on apprend (si jamais c’est Nelson Mandela qui l’a dit). Le surentraînement m’a énormément enseigné sur moi-même: mes limites (physiques et mentales), mes objectifs, mes motivation, ma manière de fonctionner, …
J’aime me dire que les choses se passent pour une raison et je suis certaine que je n’aurai pas acquis cette connaissance sur moi-même autrement. Je pense vraiment que ça va m’aider dans le futur, dans le sport mais aussi dans la vie. Le surentraînement m’a rendu plus forte, m’a fait travailler un peu plus, m’a rendu plus sage, ma peau plus épaisse et m’a transformé en battante (oui, c’est une traduction foireuse des paroles de “stronger”, mais ça fonctionne étonnamment bien dans le contexte).
Donc il y a une petite partie (très petite, genre un demi atome) qui est contente que ça soit arrivé. Mais j’ai toujours appris très rapidement, deux mois seulement de surentraînement auraient été largement suffisants, si le but était d’apprendre quelque chose

Avec le recul et toute l’expérience et le savoir que j’ai acquis pendant ces deux dernières années, j’aurais fait tellement de choses différemment. Est-ce que ça aurait évité le surentraînement? Où est-ce que j’en serais sans cet obstacle majeur? Qui sait? Mais au fond ces questions n’ont pas de sens. Avec des sis on changerait le monde. Les choses sont comme elles sont et c’est à moi de m’adapter.

J’ai écris cette série d’articles sur le surentraînement avec quelques objectifs en tête.
D’abord, en considérant comment ça peut ruiner une carrière (voir même une vie), je ne pense pas que les athlètes et les entraîneurs ont assez conscience du problème.
Deuxièmement, la plupart des gens ne réalisent pas à quel point ça affecte mentalement. C’est pas juste chiller quelques mois, c’est beaucoup plus complexe.
Troisièmement, peut-être que quelqu’un trouvera du confort en lisant mon histoire. J’espère pouvoir montrer que le surentraînement est problématique, mais ça n’a pas besoin d’être un problème et qu’un retour est possible.
Mais surtout, je les ai écrit pour moi-même. J’ai passé les deux dernières années à me blâmer et à être incapable de me pardonner pour ce qui s’est passé. L’écrire noir sur blanc m’a aider à le gérer.


ENGLISH

This is the (hopefully) final part of my overtraining, which focuses on coming back. You can (re-)read the first part about the fall here and the second about the hole here. I started writing this third part a long time ago, but I realised I didn’t have enough hindsight to write about it objectively. So now that I can say I’ve been “overtraining-free” for a while already, here it is. Enjoy!

Spring-Summer 2017:

In May I broke my wrist: I didn’t even care, at least I have a better excuse than “I just don’t want to” to not go on those stupid 45min walks. But there was finally a positive evolution.
Very slowly but surely I can start training again: at the beginning only on the bike or walking (I wasn’t even able to run 2 minutes anymore, it was too hard).

I guess for someone who hasn’t experienced it, it’s hard to understand. But to put things into perspective, here’s a typical week from my training diary in June-July, before I started rollerskiing again:
Monday: 20 min football, 40 min core exercises
Tuesday: morning: 30 min walk / afternoon: shooting and 40 min double poling on the ercolina
Wednesday: morning: 5 min walk – 5 min jogging during 40 min / afternoon: 40 min shooting and double poling on the ercolina
Thursday: 30 min walk, shooting, 30 min core exercises
Friday: 30 min walk, 30 min bike
Saturday: rest
Sunday: 1h walk
I simply couldn’t do more than those 6,5 hours of training, because more would have sent me back to overtraining. And that was a “hard” week.

But slowly I can train more. The minutes I can run get longer.
Mid-july I was back on fast roller skis. I started enjoying training again, but training twice a day was still an utopy. Every little step feelt like a small victory and kept my motivation and excitement pretty high.
First time I run 5min? Yay!
First time running a whole 45min? Yay!!
First training in the rain? Yay!!!
First time on rollerskis? Yay!!!!

Fall 2017:

Beginning of September, first intervals. It hurt, it felt so weird, it was freakishly hard, but oh-so-good after one year and nine months without them.
Mid September, I was back on my slower training roller skis.
End October, training twice a day became possible.
November, I had been on the skis pretty much the whole month and training at 100% again.
Although I could train normally again, I was far from my pre-overtraining shape. But I knew it was coming back. Or at least so I was told.

Winter 2017-2018:

I was supposed to start racing in January, but in the most twisted logic of all time, I ended up being more days sick than healthy during that month. So much for the plan (I should have know better by then).
Beginning of February, I raced again in Oberhof. But it was bad. Really really bad. I mean I knew that I couldn’t be as good as before, but at least I expected that my feeling would be okayish. In reality my legs were burning so bad, as if they didn’t get any oxygen, it was even worse than two years ago, when I raced while overtrained.

My motivation stayed in Oberhof and it took me more than a month to find it again, at least partly, in Realp. I decided it was pointless for me to race that winter: it wasn’t any fun and I wasn’t even sure it was useful.
Maybe having trained normally only two months before racing again after an almost two year break was indeed too little.
Now, with the hindsight, I wish I had been smarter and had used the winter to really prepare myself, instead of rushing things in order to race. Before realising that, I had already lost a few precious potential training weeks to my lack of motivation.

I wrote a while ago that the hardest part of overtraining was starting to train again. Well, I’m not sure anymore. Coming back is pretty hard too. You have to accept to lower your expectations and to let go of a few goals.
In June 2016, I was at the breaking point, physically and mentally, isolating and closing up on myself more than ever before, because I had the feeling that nobody unterstood me and I was wondering what was wrong with me. I wasn’t supposed to feel that way. The diagnose gave me so much hope, it was the first ray of light in the tunnel: there wasn’t anything wrong with me, I just needed time.

From that moment on, the summer of 2016, I was focused on the 2018 junior worlds. In my head, I thought everything would be back to normal and I was supposed to be able to rock the junior worlds in Otepää. 1,5 year seemed reasonable to be back at my best or at least close to it. That was the goal and deadline. And the closer that event came, the smaller my chances to qualify got. I knew it. But I’ve always been an optimistic and I hoped for a miracle until the last moment.
And then it was gone.
That’s probably why the races in Oberhof had such a huge toll on my motivation.

Suddenly I found myself without anything: no goal, nothing to work towards, no plan, no hope, no motivation and feeling like my junior years had been a total waste of time, money, energy and resources.
Maybe it was my mistake, only focusing on one event, but that was the only thing that helped me in the hardest times. So after the Oberhof-fiasco, I had to ask myself the questions I’d been asking myself so many times in the past two years: why am I doing this, do I really want to do this, do I really want to keep on going, and so on.
It didn’t take me long to find answers, because after all, biathlon is what I love to do, but it did take me while to consider whether it was worth all the sacrifices.
Racing was not my favourite thing back then, but not being able to train for such a long time made me appreciate training more than ever before. I woke up every morning excited knowing that new day means new training (and a year later, I still do).

Spring-Summer-Fall 2018

The end of the season brought changes, and I’ve always been motivated by change. Everything (except my performance, who still needed to get better) was normal again. Everything went well, with no setbacks or anything.
At the end of the Fall, I realised, while randomly scrolling through my training files of my sports watch, that I’d been training way too fast (more than 50% of the training was above the lactate threshold) before the overtraining and that I had simply written them wrong in my training diary (where I had only 10% of training above the lactate threshold). Inevitably, trainig too hard got me into overtraining. After years of medical exams and speculations, I finally had an answer to why things went down this way and some kind of closure.

Conclusions:

“Considering how it can ruin a career (and even a life), I don’t think athletes and coaches are nearly as aware as they should about the issue.”

As much as I wish I could, I can’t change what has happened, the only thing I can do is learn from it and avoid those mistakes from ever happening again. You can always learn something, especially from your mistakes: you never lose, either you win or you learn (by the way Nelson Mandela said that). Overtraining taught me a lot of stuff about myself: my limits (physical and mental), my goals, my motivations, the way I function, …
I like to think things happen for a reason and I’m pretty sure I wouldn’t have gained all that knowledge about myself otherwise. I think it’s really going to help me in the future, in sports but also in life. Overtraining made me much stronger, made me work a little bit harder, made me that much wiser, made my skin a little bit thicker and made me a fighter (yes, that’s the lyrics from “stronger”, but they work surprisingly well in this context).
So there is a little part of me (very little, maybe like the half of an atom) that’s glad it happened. Although I’ve always been a fast learner, two months of overtraining would have been more than enough if the point was to learn something.

In hindsight and with all the knowledge and experience I’ve acquired in that last two years, I would have done so many things differently. Would that have prevented overtraining? How far would I be without that major setback? Who knows? But after all, these questions are pointless. With “what if”s we could change the world. Things are the way they are and I have to adapt to it.

I wrote this serie of overtraining articles with a few objectives in mind.
First, considering how it can ruin a career (and even a life), I don’t think athletes and coaches are nearly as aware as they should about the issue.
Secondly, most people don’t realise how much it can affect you mentally. It’s not just taking a few months off to chill, it’s a lot more complicated than that.
Thirdly, maybe there’s someone who will find comfort in reading my story. I hope can show that overtraining is a big deal, but in the end it doesn’t have to be one and it is possible to come back from it.
And last but most importantly, I wrote them for myself. I’ve spent the last two years blaming and not being able to forgive myself for what happened. Putting words on it helped me to deal with it.

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