Une histoire de surentraînement #2 / An overtraining story #2

— English below —

Voici la suite de l’article une histoire de surentraînement #1. Bonne lecture!

dav
Les Rousses (FRA)

Eté 2016:
Surentraînement. Le diagnostic sonne comme une sentence, mais est aussi un soulagement. Je ne suis pas juste nulle, mais tout ça est causé par quelque chose, et croyez-moi, ça fait une énoooorme différence.
Comment est-ce qu’on diagnostique un surentraînement? Par élimination, en excluant tout ce qui peut causer de la fatigue. En gros, j’étais en aussi bonne santé que l’on peut être, mais mon corps ne supportait plus l’entraînement (un peu paradoxal, quand on y pense).
Soudain, cette 18ème place aux mondiaux juniors (et le reste de la saison précédente que j’avais tant critiquée) paraît vraiment pas mauvaise. Et je suis assez sure que je suis l’une des seules athlètes qui peut dire que son meilleur résultat jusqu’à présent a été fait en étant surentraînée depuis des mois.
J’avais déjà entendu parler de surentraînement auparavant, mais je n’avais jamais pensé que ça pourrait être mon cas, puisque je m’entraînais normalement, comme j’en avais l’habitude et en suivant le plan. Je ne me sentais pas fatiguée en dehors de l’entraînement et ce n’était pas la première fois (ni malheureusement la dernière) que j’avais eu un hiver très moyen.
Le mot surentraînement induit en réalité en erreur: je ne m’entraînais pas en quantité irrésonable, mais si le plan d’entraînement disait 10-12h/semaine, j’en faisais 12h30. Sous-récupération serait probablement plus exact. J’ai toujours été le genre de personnes qui fait un million de trucs en même temps et dit qu’elle aura le temps de dormir une fois que je serais morte (j’exagère un peu, je dormais quand même 6-7h par nuit, mais vous voyez ce que je veux dire). Je négligeais la récupération (notamment ces 8h de sommeil journalier. D’ailleurs si vous pensez que vous en avez besoin de moins, vous vous trompez probablement, comme je l’ai fait. ça marche un moment, mais pas longtemps. Si ça vous intéresse, ici il y a une recherche intéressante, en anglais).
J’ai payé cher cette information.
Il faut savoir, la performance est une équation compliquée: plus d’entraînement n’est pas égal à meilleure performance, il faut ajouter la récupération dans l’équation. Si on s’entraîne plus, il faut plus et mieux récupérer pour pouvoir progresser: je m’entraînais plus et ne me laissais pas le temps de récupérer et comme en tant qu’athlète à haut-niveau, j’étais déjà proche des limites de mon corps, ça n’a pas été difficile de les dépasser.
Suite au diagnostic, durant l’été, je n’ai le droit de m’entraîner qu’à une intensité très basse: du vélo et de la marche avec un pouls en-dessous de 130, pas plus d’une heure par jour. A la fin de l’été, je devais refaire une visite médicale pour voir si ça s’était amélioré et si j’avais récupéré. On espérais tous que ça se soit amélioré. A ce moment-là, je pense que personne ne réalisait à quel point c’était mauvais. En tout cas, pas moi. Je pensais (ou en tout cas espérais très fort) que c’était juste un petit contretemps et que tout serait redevenu normal en Septembre.
Si à ce moment quelqu’un m’avait dit que dans un an je ne pourrais toujours pas m’entraîner normalement encore, je ne l’aurais pas cru. Mais j’aurais été disposée à attendre. Je n’ai jamais eu une saison entière sans quelques problèmes: d’abord c’était des allergies non diagnostiquées qui causaient de l’asthme à l’effort, puis un surentraînement non diagnostiqué (il semblerait que j’ai un problème avec la partie diagnostic) et je n’ai donc jamais eu l’impression de pouvoir utiliser mes ressources et mon potentiel à 100%. Et j’aimerais bien voir ce que ça donne.
Pour moi, c’était très clair dès le début: je serai de retour, qu’importe le temps qu’il me faudra. J’ai vraiment envie de pouvoir dire un jour: “J’ai fait tout ce que je pouvais, et je n’aurais pas pu faire plu ou mieux”. Et c’est l’une des principales motivations qui m’ont aidé à traverser les durs mois à venir.

Automne 2016:
L’entraînement a basse intensité n’a pas marché et les examens médicaux n’ont pas montré d’évolution positive, bien au contraire. Je n’avais d’autre choix que de me reposer complètement pour quelques mois. Genre pas d’entraînement du tout, juste une petite promenade occasionnelle pour prendre l’air.
Honnêtement, je ne me souviens pas beaucoup des ces mois. Ils sont un peu flous (le typique brouillard automnal genevois n’y aidant certainement pas). Je fonctionnais en autopilote, parce que je n’avais pas la force de faire face à la réalité, trop écrasante. J’ai beaucoup lu, et regardé pas mal de films, un excellent moyen pour fuire la vraie vie. Pour être complètement honnête, j’ai considéré quelques fois d’abandonner le biathlon, tourner la page et me concentrer sur quelque chose d’autre. Mais je ne pouvais pas, je savais que je l’aurais regretté le reste de ma vie.
J’avais l’impression de perdre une partie de moi. Tout ce que j’aime vraiment tourne autour du biathlon, du sport et d’être en plein air, et soudainement, je ne peux rien faire. Les jours passent et se ressemblent, ennuyeux. Vous vous demandez probablement pourquoi je n’ai pas voyagé ou fait quelque chose ou trouvé quelque chose de nouveau que j’aimais. J’aurais voyagé, si je n’avais pas du aller en cours et oui, j’ai fait des choses que je n’ai normalement pas trop le temps de faire: lire, regarder des films, faire des gâteaux, faire un million de trucs en même temps, … Il se trouve que j’aurais quand même préféré m’entraîner sous la pluie.
Je ne dirais pas que j’étais déprimée, mais j’en étais certainement pas loin. J’avais l’impression d’être enfermée dans une prison et je ne compte même plus le nombre de fois où j’allais mettre mes baskets et de partir faire une séance de course à pieds bien dure et longue en envoyant balader tout le monde.
C’est que lorsque je ne peux pus rien faire que je me rends compte à quel point je suis épuisée: monter jusqu’au troisième étage au collège est à peine possible, me concentrer une heure et demie en classe est difficile et à 20h j’étais prête pour aller dormir. Ce n’était pas les seuls symptômes physiques. Des fois j’avais faim sans aucune raison et des fois juste l’idée de manger me dégoûtait. J’avais toujours trop chaud: alors que tout le monde se les gelait en sweat-shirt, je mourrais de chaud en t-shirt.

Hiver-Printemps 2017:
J’ai pu recommencer à faire des courts “entraînements” à très basse intensité à nouveau (en réalité, j’en avais juste marre de ne rien faire et j’ai dit au médecin que j’avais été skier quelque fois, et il m’a dit ok). Mais je ne me faisais pas vraiment plaisir: je voulais aller plus vite, plus haut, plus fort, mais aussi loin et plus longtemps. J’ai beaucoup questionné mon identité en tant que sportive: en suis-je une, si je dois skier si lentement que je n’arrive même pas tenir la technique correcte? En suis-je une, si je ne peux pas faire des compétitions, ou même m’entraîner?
Regarder mes amis et coéquipiers courir alors que je ne pouvais pas était extrêmement dur. J’avais aidé à organiser une compétition, ce qui n’allait pas trop mal, vu que j’avais plein de choses à faire. J’en avais été voir une deuxième: j’ai du partir, je n’arrivais juste plus à la regarder. D’un autre côté, je n’avais aucun problème à regarder la coupe du monde à la télé (ou en live, j’ai été voir les championnats du monde de ski nordique à Lahti et une étape de coupe du monde de combiné à Chaux-Neuve) et je suis presque sûre que je n’ai raté aucune course de biathlon ou de ski nordique à la télé (quelle réussite).
A l’époque, personne ne savait quand j’allais pouvoir reprendre l’entraînement à nouveau et je commençais à douter que ça n’allait jamais arriver.
L’entraînement mental et la visualisation m’ont beaucoup aidée. La visualisation, c’est quelque chose que j’a toujours beaucoup fait depuis que je suis toute petite (même si j’appelais ça “me raconter des histoires”, dont les personnages étaient parfois imaginaires, parfois réels avec souvent un moi idéal freudien comme personnage principal). J’ai imaginé plein de scénarios plus ou moins réalistes grâce à la visualisation et ça m’a aidé à garder espoir. Vous êtes en train de lire une multiple championne olympique des JO de 2017 qui se sont déroulées dans ma tête, mais étrangement ces résultats n’aident ni à se sélectionner pour des courses réelles, ni à trouver des sponsors.

J’ai eu énormément de chance, parce que mon entourage a été extrêmement compréhensif. Pour ça, je tiens vraiment à remercier mes coachs et Swiss-ski, Asko Nuutinen (qui ne saura jamais à quel impact ses mots “ça va aller. Tu reviendrais, je te fais confiance.” ont eu, puisqu’ils nous a quittés quelques mois plus tard), mes amis et mes parents (sérieusement, je ne me supportais pas pendant ces mois, je sais pas comment vous avez fait) et tout ceux qui on cru (et croient toujours) que je serai de retour un jour.
MERCI ❤

A suivre…

PS: On est en plein Jeux Olympiques! Pour marquer le coup, j’ai caché plus ou moins bien deux références aux JO dans ce post. A vous de les trouver!

Marchairuz17
Marchairuz

— ENGLISH —

Here is the second part of my article an overtraining story #1. Enjoy!

dav
Les Rousses (FRA)

Summer 2016:
Overtraining. The diagnose is like a sentence, but also a relief: I don’t simply suck, I suck because of something, and believe me, that makes a huuuuge difference.
How do you diagnose overtraining? By elimination and excluding every other thing that might cause fatigue. So basically I was as healthy as you can be, training was just too much for my body (when you think about it, it is slightly paradoxal).
Suddenly, that 18th place at the junior world champs (and also the whole season I had so much criticized) felt really good and I’m pretty sure I am one of the only athletes, who can claim that her best result so far was made while overtrained since months.
I had already heard about overtraining before, but I never thought it could be my case, because I was training normally, the same way I used to, and followed the plan. I didn’t feel tired outside trainings and it wasn’t the first time (and sadly not the last) that I had a bad season.
The word overtraining is actually misleading: I didn’t train unreasonable amounts, although if on the training plan was written 10-12 hours/week, I would have done 12 and half. Under-recovering would be more accurate. I’ve always been the kind of person who does a million of things at the same time and says they’ll have time to sleep once they’re dead (I’m exagerating, I still slept 6-7h per night, but you see my point). I neglected recovery (for example, you know those 8 hours of sleep a day. By the way if you say you need less, you’re probably fooling yourself, as I did. It works for a while, but on the long run, not at all. If you’re interested, here is a study about it). Another thing I learned the hard way.
Thing is, performance is a tricky equation: more training isn’t equal better performance, you have to add recovery into it. If you train more, you have to recover more and better too in order to progress: I trained more and didn’t let my body recover enough and as athletes are already close to the limits of their body, it is pretty easy to go over those limits.
Following the diagnose, during the summer, I was only allowed to train on low intensity: walking or biking with a heart rate under 130, not more than an hour a day. A medical check was planned at the end of the summer to see if it had gotten any better. Yeah, we all wished it had gotten better. At that time, I don’t think anybody realised how bad it was. At least I didn’t. I just saw it as a minor setback and thought (or wished really hard) that everything would be back to normal by September.
If at that time, someone had told me it would take more than a year to get back to normal I wouldn’t have believed it. But I would have be willing to wait. I’ve never had a whole season without health problems: first it was undiagnosed allergies that caused exercise-induced asthma and then undiagnosed overtraining (seems like I have a problem with the diagnosis-part) and therefore I’ve never felt like I’ve used all my potential. For me, it was very clear from the beginning: I’ll be back, no matter how long it takes. I really wish one day I’ll be able to say: “I couldn’t have done better or more”. And I guess that’s one of the things that helped me get through the hard months that were coming.

Autumn 2016:
Training on very low intensity didn’t work out and the medical exams only got worse. I was forced to rest for months. Like no training at all, just the occasional walk to get some fresh air.
I don’t honestly remember a lot about those months. It’s all in a blur (the typical foggy autumn weather of Geneva certainly didn’t help). I was functioning on autopilot, because the reality was too overwhelming and I didn’t have the strength to bear it. I watched a lot of movies and read a lot, in an attempt to escape the real life. To be honest, I considered a few times giving up on biathlon, moving on and focusing on something else. But I couldn’t. I knew I would have regretted it my whole life.
It felt like losing a part of me: everything that I really love turns around biathlon, sports and being outdoors, suddenly I couldn’t do anything. The days were all the same: boring. You’re probably wondering why I didn’t travel, or do or found something else I liked. I would have traveled, if I didn’t have to go to school and yes, I did things that I normally don’t have a lot of time to do: reading, baking, watching movies, doing a million things at the same time, … Turns out I’d still rather be training in the rain.
I wouldn’t say I was depressed, but I certainly wasn’t far from it. It felt like being in a prison and I can’t even count how many times I was about to put my shoes on, go on a long hard run while telling everyone to go as far as the pepper grows (to be fair, the actual thought was a little bit more vulgar).
It was only once I wasn’t allowed to do anything that I realised how exhausted I was: climbing up the stairs to the third floor at school was barely possible, focusing 1 hour and a half in class was hard and at 8pm I was ready to go to sleep. Those weren’t the only physical symptoms. Sometimes I would be starving without reason and other times the idea of eating just grossed me. It was always too hot: while everybody was wearing warm shirts complaining from the cold I was sweating in a t-shirt complaining from the heat.

Winter-Spring 2017:
I was able to start doing short very low intensity so called trainings again (actually, I was done with doing nothing, so I just told the doctor that I had been skiing a few times and he said ok). But I didn’t really enjoy it: I wanted to go faster, higher, stronger and also longer and further. It made me question my whole identity as an athlete: are you one, if you have to ski so slow you can’t even keep the technique correct? Are you one, if you can’t race nor even train?
Watching my friends and teammates race while I couldn’t race myself was extremely hard. I helped organising one race, which was okay, since I was really busy doing things. I went to see an other one: I had to leave, because I just couldn’t watch it. On the other hand I had no problem watching the world cup on TV (or live, I went to see the Nordic ski world champs in Lahti and the nordic combined worldcup in Chaux-Neuve) and I’m pretty sure I didn’t miss one biathlon or xc-skiing race on TV (what an achievement).
At that time nobody knew when I was going to be able to start training again and I started doubting whether that would ever happen. Going to mental training and visualization helped a lot. I’ve always done a lot of visualization since I was a little kid (although I called it “telling myself stories”, whose characters were sometimes imaginary and other times the main character was a freudian ideal ego). I imagined a lot of more or less realistic scenarios, which helped me to keep hope. You are now reading a multiple olympic champion of the 2017 olympics that happened in my head, but strangely that doesn’t help you to qualifiy to actual real races nor to get sponsors.

I was lucky, because a lot of people were extremely supportive. For that, I really have to thank my coaches and Swiss-ski, Asko Nuutinen (who will never know what an impact his words “It’s going to be okay. You’ll be back, I trust you.” had, since he passed away a few months later), my parents and friends (seriously, even I couldn’t stand myself at the time, I have no idea how you did it) and everybody who believed (and still believes) I’ll be back one day.
THANK YOU ❤

To be continued…

PS: We’re in the middle of the Olympics! To celebrate it, I hid (more or less good) two references to the Olympic Games. Go find them!

Marchairuz17
Marchairuz

 

One Reply to “Une histoire de surentraînement #2 / An overtraining story #2”

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