Une histoire de surentraînement #1 / An overtraining story #1

— English below —

J’ai passé plus de deux ans en surentraînement. Deux ans, ça paraît pas énorme, dit comme ça, mais deux ans, c’est 1/10 de ma vie et 1/3 de ma carrière de biathlète. Cette série d’articles va relater le plus précisément ces deux ans, ça faisait un moment que je voulais les finaliser et les publier. Mais j’ai mis énormément de temps à le faire. C’est les articles les plus personnels que j’aie jamais écrit, mais aussi les plus durs à écrire et à relire. Ils ont causé beaucoup de larmes et de remise en question, étant donné que j’essaie d’y explorer un peu plus en profondeur les aspects psychologiques du surentraînement.

Éte 2015:
Je me souviens encore du prologue du weekend de tests de juillet. Je ne me suis jamais sentie aussi bien sur mes skis: c’est la première et encore la seule compétition dont je suis réellement contente. Je veux dire, j’ai déjà été contente du résultat, mais jamais de la compétition elle-même: il y a toujours quelque chose que j’aurai pu mieux faire et je n’arrive pas faire taire mon côté perfectionniste.
Cet été avait commencé de la meilleure des manières: j’avais enfin un groupe d’entraînement et un entraîneur pour faire mon plan d’entraînement et n’avais plus à le faire moi-même; mon allergie au pollen et l’asthme à l’effort que cela causait étaient enfin sous contrôle et s’étaient améliorés grâce à un diagnostic (oui, ça aide) et à la bonne médication; et l’un des gros problèmes auquel j’avais fait face était enfin dernière moi. Quelques mois auparavant, j’avais gagné mon premier titre de championne Suisse et mes résultats au FOJE étaient plus qu’encourageants. Je venais d’avoir 18 ans, ce qui n’a rien à voir avec le sport, mais est quand même cool et j’avais passé les mois d’avril et de mai en Finlande, dans le cadre d’une sorte d’échange avec un collège sport-études, ce qui avait été un changement sympa et une expérience intéressante. Je n’avais jamais recommencé à m’entraîner avec autant de motivation.
Tout allait bien. Apparemment trop bien.

Automne 2015:
Si je m’étais sentie si bien en été, ce n’était définitivement plus le cas. Vous savez comme on dit qu’on a toujours qu’après un haut il y aura toujours un bas? Je l’ai appris de la plus dure des manières. Je n’avançais pas et je n’arrivais plus à suivre le groupe. Mon pouls au repos était très haut.
Suite à une semaine de repos, ça a été un peu mieux, probablement plus parce que j’en avais tellement envie et pas parce que ça l’était réellement. Et puis c’était revenu rapidement à ce que c’était avant la semaine de repos.
Maintenant avec du recul, je sais que j’aurai du communiquer plus avec mon coach, mais j’avais peur que me plaindre de comment je me sentais m’aurait donné l’air faible.
Leçon du paragraphe: communiquer avec son coach, c’est utile.

Hiver 2015-2016:
Bien que j’aie essayé de me le persuader, ça ne s’était pas amélioré. Mon pouls au repos était toujours très haut. Chaque compétition n’était que 25 minutes d’agonie. Mes jambes brûlaient, une sensation très bizarre, comme si elles étaient paralysées par la douleur. J’étais inexorablement lente.
Par quelque moyen, je parvins à me qualifier pour les mondiaux juniors. Je n’avais pas l’impression de mériter cette place: j’étais convaincue que je ne serai jamais sélectionnée. Au final je m’en suis pas si mal sortie: j’ai tiré plutôt bien dans l’individuel et me sentant à peine mieux que le reste de l’hiver sur les skis, je finis 18ème, mon meilleur résultat international jusqu’à présent. Comme d’habitude, je suis contente du résultat, mais de la course en elle-même: deux fautes sont toujours deux de trop et mon ski, soyons honnêtes, mauvais.
A part quelques compétitions où je réussis à tirer pas trop mal, le reste de la saison est anonyme, et dur. Pourquoi je n’ai pas réagi à ces mauvaises sensations? La réponse est très simple: au début je pensais que ça allait s’améliorer avec les courses, puis lorsque ça ne s’est pas passé, la saison allait de toute manière bientôt finir, donc j’aurais eu le temps de me reposer à ce moment-là.

Printemps 2016:
La saison était enfin finie, et j’en étais bien contente. Avril, le mois de repos, m’a permis de récupérer un peu, après cet horrible hiver. Enfin, je le critiquais beaucoup, mais il était meilleur que le précédent. Mais je savais que j’aurais pu faire beaucoup mieux
Un mois, c’était pas assez, j’apprendrai plus tard.
Les examens médicaux n’ont rien montré de trop bizarre et on m’a dit de ne pas faire d’intensités avant juillet. Même si globalement 2015-2016 a été une saison assez mauvaise, quelques résultats me font vouloir plus. Et comme je suis sélectionnée dans l’équipe nationale junior, j’ai recommencé à m’entraîner en mai, très motivée et avec des sensations décentes.
Cela ne va pas durer. Plus le temps passe, moins bien je me sens. Pas seulement physiquement, comme en hiver, mais cette fois surtout mentalement. Je suis exténuée durant les entraînements. C’est dur de rester motivé, lorsqu’on sait que chaque séance équivaut à quelques heures de souffrance.
Je ne comprends pas (même maintenant avec le recul, il y a toujours des choses qui m’échappent): j’ai fait tout comme il le faut, pourquoi ça ne marche pas du tout? Par moments, même de juste penser à l’entraînement m’a rendue triste et a causé plusieurs fois des crises de larmes, où je pleurais en position foetale, triste et énervée, en me demandent pourquoi je n’obtenais pas de résultats. Des fois, je me suis même mise à pleurer pendant l’entraînement, mais ça n’est arrivé que lorsque j’étais seule, je voulais pas que l’on voie à quel point je n’étais pas bien. Je ne me sentais pas “autorisée” à être aussi mal: beaucoup de personnes ont bien plus de raisons de se plaindre que moi. Et je suis une athlète à haut-niveau: si je ne parviens même pas à gérer un entraînement, comment est-ce que je peux prétendre assurer une saison entière?
Après une énième crise de larmes, ma mère m’a demandé pourquoi je n’en parlais pas avec mon entraîneur, avec une exclamation finlandaise. Je ne sais plus ce que je lui ai dit, mais je me souviens qu’il m’a écrit un mail en disant de me reposer une semaine avant les diagnostics de performance de début juillet, et que “PAS D’ENTRAÎNEMENT veut dire PAS D’ENTRAÎNEMENT!”.
Leçon du paragraphe: C’est ok, de ne pas être ok. Le fait que certaines personnes ont plus dont se plaindre, n’enlève en rien de la gravité et de l’importance du problème. Si ça affecte la santé mentale, c’est tout aussi valable que les problèmes de n’importe qui d’autre (et quiconque prétend le contraire, n’est qu’un e**oiré).

A suivre ici!

PS: c’est en anglais, mais c’est un excellent article sur certains aspects psychologiques du ski de fond à haut-niveau, qui m’a fait dire “pareil” chaque deux phrases et que je conseille de lire à tout ceux qui s’intéressent au sujet!


—— ENGLISH ——

I spent more than two years dealing with overtraining. Two years, that doesn’t seem long, but two years are 1/10 of my life and 1/3 of my career as a biathlete. This serie of posts is going to relate those two years as precisely as possible, the way I experienced them. It has already been a while that I wanted to finalise and publish them, but it took me a lot of time to do it. These are the most personnal posts I’ve ever written, but also the hardest ones to write and to reread. They caused a lot of tears and self-questioning, as I tried to explore a litte bit more the psychological aspects of overtraining.

Summer 2015:
I still remember that prolog of the testweekend in July 2015. I’ve never felt so good on my skis: it’s the first and still the only competition I’m actually happy about. I mean, I’ve been happy about my results before, but never about the race itself: there’s always something I could have done better, I’m an overachiever and I can’t catch a break from my perfectionnist side.
That summer had started the best way for me: I finally had a training group and a trainer who made my training plan (didn’t have do that myself anymore), my pollen allergy and asthma problems where finally better thanks to a diagnose (yeah, it helps) and the right medication and the other major struggle I have faced was behind me. A few months before I had won my first Swiss champion title and my results at the EYOF were more than encouraging. I had just turned 18, which has nothing to do with sports, but it’s still awesome and I had spent April and May in Finland, thanks to a some kind of exchange with a sports high school, which had been a really nice change and experience. I had never started a new year with so much motivation.
Things were going good. Apparently too good.

Autumn 2015:
If I had felt so good in summer, it definitely wasn’t the case anymore. You know how they say after good times always come bad ones? Learned that the hard way. All the good things must come to an end and it’s called fall for a reason.
I was slow and could barely keep up with the group anymore. My resting heart rate was high.
After a rest week, it got slightly better, but mostly because I wanted it so hard and not because it had actually gotten any better. And then back to what it was before the rest week.
Now in hindsight, I know I should have communicated more with my coach, but I feared that complaining about how bad I felt would have made me look weak.
Lesson of the paragraph: communicating with your coach is important.

Winter 2015-2016:
Even if I tried so hard to persuade myself of it, the whole winter wasn’t any better. My resting heart rate was still high. Every competition was 25 minutes of agony. My legs were burning, a weird feeling, as if they were paralyzed by the pain. I was so slow.
Somehow, I managed to qualify for the junior world champs. I felt like I didn’t deserve that place: I was convinced I’d never be selected. One of the races was not bad: I shot pretty well in the individual and I felt slightly better than the rest of winter on my skis: I ended 18th, my best international result so far. As always, I’m happy about the result, not about my race: two misses are still two too much and my skiing was, let’s be honest, bad.
Except a few races were I succeeded in shooting well, the rest of the season was anonymous and really hard. Why didn’t I react to those bad feelings? The answer is quite simple: at first I thought it would get better with the races and then when it didn’t, the season was soon over anyway, so I would have time to rest then.

Spring 2016:
The season was finally over, and I was so glad. April, the rest month allowed me to breathe a little after the awful winter. I criticised it a lot, but it was still better than the previous one. But I knew I could have done so much better.
One month wasn’t enough, I found out later.
The medical exams didn’t really show anything too weird, and I was told to hold back on intensive training until July. Although 2015-2016 was a bad season, there were still a few results that left me wanting for more. And since I was selected to the national junior team, I started training in May, really motivated with an okayish feeling.
It didn’t last long. The more time went by, the worse I felt. Not only physically like in winter, but this time also mentally. During the trainings I was exhausted. It’s hard to stay motivated, when you know you’re just going to suffer during a few hours.
I didn’t understand (even now in hindsight there still are unclear parts): I’ve done everything the way I was supposed to, why doesn’t it work at all then? Sometimes only thinking about training made me sad and led many times to mental breakdowns where I just cried on the floor both sad and angry wondering why I didn’t get results. From time to time, I even started crying during the training, but that happened only if I was alone, because I wanted everybody to think I was okay. I didn’t really feel like I was allowed to feel so bad: a lot of people have it much worse than I. And I’m an elite athlete: if I can’t even handle a training, how am I supposed to handle a whole season?
After an nth breakdown, my mom asked me why I just didn’t tell that to my coach with a finnish emphasizing expression. I don’t remember what I told him, but I remember he wrote me en email saying to have a rest week before the upcoming performance diagnosis and that “NO TRAINING means NO TRAINING!”.
Lesson of the paragraph: It’s ok, not to be ok. The fact that some people have it worse than you, doesn’t make your issues ridiculous or insignificant and if they affect your mental health, they’re as valid as anybody elses’s (and anyone who makes you feel the contrary is nothing else but an a**hole).

To be continued here!

PS: Here you can find an excellent article that got me saying “same” every two sentences about mental health and xc-skiing. I highly recommend it to anyone who is interested in the subject!

4 Replies to “Une histoire de surentraînement #1 / An overtraining story #1”

  1. 💟💟💟💟💟💟
    i m sorry that i wasnt there, when you needed me! but jea…. communication is everything. we learnd both! thanks for your interesting blog articles.

    Liked by 1 person

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